Thèses 2011 des chercheurs du RT 43 : Genre, rituel et politiques de l’identité juive (B. de Gasquet)

Il nous a paru intéressant de vous tenir également au courant des thèses récemment soutenues par les chercheurs du réseau “Sociologie & Religions”. Voici donc la première note de cette nouvelle rubrique.

Béatrice de Gasquet
Genre, rituel et politiques de l’identité juive. Dispositifs de socialisation dans des synagogues non orthodoxes en France
Thèse de doctorat en sociologie, soutenue à l’EHESS Paris le 21 juin 2011 (mention très honorable avec les félicitations du jury à l’unanimité).

Jury:
Leora Auslander, Professeure à l’Université de Chicago (Rapporteure)
Éric Fassin, professeur agrégé HDR à l’École normale supérieure
Olivier Fillieule, Professeur à l’Université de Lausanne (Rapporteur)
Jacqueline Heinen,  Professeure émérite à l’Université de Versailles-Saint-Quentin (directrice de thèse)
Danièle Hervieu-Léger, Directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales  (directrice de thèse)

Résumé:
Au carrefour des études de genre, de la sociologie des religions, et de la sociologie politique, cette recherche explore la dimension locale des conflits religieux sur le genre à partir du cas du judaïsme français des années 2000. Cette thèse prend pour objet la fabrique organisationnelle du genre et de l’identité juive dans les synagogues non orthodoxes, minoritaires en France, qui se caractérisent notamment par la mixité et par l’ouverture du rituel aux femmes. L’approche ethnographique est utilisée pour analyser les différents dispositifs de socialisation (comme l’organisation de l’espace, du rituel, de la prise de parole, de la formation religieuse, de la mobilisation pour le développement de la synagogue) qui contribuent à la production locale du genre. En particulier, cette thèse montre comment la perception de la division sexuée du travail dans l’organisation, l’appropriation des débats religieux sur le genre, la légitimité de mobilisations locales pour la participation des femmes au rituel, dépendent de la position de chaque organisation dans les concurrences religieuses. Dans une configuration où la place des femmes dans l’espace religieux est utilisée comme marqueur symbolique entre courants religieux en concurrence pour la définition de l’identité juive, configuration que l’on propose d’appeler plus généralement politisation religieuse du genre, la participation répétée au rituel et aux activités de la synagogue engendre un intérêt pratique pour le genre, qui se traduit notamment par une fierté égalitaire masculine et par une injonction féminine à la justification. Si les travaux sur genre et religion ont surtout abordé les contextes religieux conservateurs, cette recherche explore donc la normativité des contextes religieux égalitaires.

Illustration : femme rabbin (massorti.com).

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Soufisme et politique au Pakistan (Alix Philippon)

Alix Philippon
Soufisme et politique au Pakistan. Le mouvement barelwi à l’heure de la “guerre contre le terrorisme”

Paris, Karthala, 2011, 348 p.

Docteure en science politique, ATER à Science Po Aix et membre du réseau “Sociologie & religions de l’AFS”, Alix Philippon a publié en 2011 ce livre qui analyse le champ islamiste pakistanais à travers le cas du mouvement soufi barelwi.

Résumé. Etat créé en 1947 au nom de l’islam, le Pakistan est aujourd’hui pointé du doigt comme l’épicentre du jihadisme international. Mais sait-on que l’islamisme pakistanais compte dans ses rangs des soufis, les mystiques de l’islam ? Souvent perçu comme une alternative « quiétiste » et « tolérante » à un islamisme plus politiquement (voire radicalement) actif, le soufisme constitue pourtant un prisme privilégié pour appréhender les complexes dynamiques politiques au Pakistan. Au sein du champ islamiste pakistanais, c’est le mouvement barelwi qui a le plus revendiqué son appartenance à une identité soufie. Inspirées du modèle confrérique, implantées dans les centres urbains et dirigées par des leaders charismatiques, les différentes organisations barelwies ont tenté de se redéfinir en fonction des exigences de la modernité, démontrant ainsi comment la « tradition » peut se transformer en un véhicule puissant du changement et de la mobilisation politique. Ce mouvement présente néanmoins un paradoxe intéressant : défenseur sur la scène publique de l’islam majoritaire représentatif de la sensibilité religieuse de la population, les barelwis sont toujours demeurés confinés dans une minorité politique. A l’heure de la « guerre contre le terrorisme », dont le Pakistan est un État de ligne de front depuis 2001, la politisation des lignes de fractures doctrinales et la radicalisation des identités religieuses, déjà bien engagées dès les années 1980, se sont accélérées. Dans ces processus politiques et sectaires où le soufisme s’est vu plus que jamais idéologisé et où le champ islamiste s’est encore davantage différencié, le mouvement barelwi a joué un rôle émergent et ses contours ont dessiné un islamisme autre, un véritable soufislamisme, qui a su séduire le nouveau gouvernement au pouvoir à Islamabad.

Un aperçu de ce livre est disponible sur Google Livres, en cliquant ici.

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Sacrées familles !

Sous la direction de Martine Gross, Séverine Mathieu et Sophie Nizard (Préface de Maurice Godelier)
Sacrées familles ! Changements familiaux, changements religieux

Editions Eres, Toulouse, 2011. 264 pages.

Résumé. Les transformations des formes conjugales et familiales (couples mixtes, familles recomposées, adoptives, monoparentales, homoparentales) et les avancées scientifiques en matière de procréation interrogent les modèles normatifs, juridiques, religieux ou politiques ainsi que les représentations sociales, les pratiques religieuses et le fonctionnement des institutions.
A travers leurs travaux au croisement du religieux, du genre, de la sexualité et de la famille, des chercheurs en sciences sociales et humaines montrent comment les individus, les institutions religieuses et les autres acteurs sociaux (politiques, juridiques, médicaux, médiatiques…) agissent et interagissent.
En dépit de l’évolution des idées, des pratiques et des techniques, la dissociation entre filiation et engendrement n’est pas encore complètement entrée dans les représentations sociales. En témoigne le statu quo sur lequel a débouché la révision des lois de bioéthique en 2011, notamment en maintenant l’anonymat des dons de gamètes, l’interdit du recours à la grossesse pour autrui et l’accès à assistance médicale à la procréation aux seuls couples hétérosexuels.
La référence récurrente à la « nature » dans le droit, dans les pratiques et les imaginaires collectifs, relève de la sacralisation des liens biologiques. A certains égards, la référence au biologique et le discours religieux puisent au même réservoir de sens. Cette dimension symbolique nous donne ici à penser.

Pour voir la table des matières, cliquer ici.

Ont contribué à cet ouvrage collectif : Joëlle Allouche-Benayoun, Laurent Barry, Céline Béraud, Anne Cadoret, Nicoletta Diasio, Stephen Hunt, Aymon Kreil, Ruth Landau, Gwendoline Malogne-Fer, Ruwen Ogien, Salvatore D’Onofrio, Philippe Portier, Amélie Puzenat, Irène Théry.

Nb. A noter, dans ce même domaine des recherches sur les relations entre religions et éthique sexuelle ou familiale, le séminaire “Identités et pratiques homosexuelles dans le judaïsme, le christianisme et l’islam contemporains” animé par Martine Gross et Florence Blackler à l’EHESS (présentation, programme et comptes rendus sur le site du séminaire).

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