Sociologie de l’expertise médicale des guérisons “miraculeuses” à Lourdes (L. Ogorzelec-Guinchard)

lourdesLaetitia Ogorzelec-Guinchard, sociologue membre du réseau « Sociologie & religions » de l’AFS, figure parmi les lauréats 2013 du prix de la recherche universitaire décerné par Le Monde, pour sa thèse de doctorat intitulée « Le miracle et l’enquête. Analyse sociologique de l’expertise médicale des guérisons déclarées “miraculeuses” à Lourdes », soutenue en 2102 à l’université de Franche-Comté (sous la direction de Jean-Michel Bessette).

Ci-dessous, le texte de présentation de ces recherches, qu’elle a publié dans l’édition du 21 novembre 2013 du Monde.

Par-delà les oppositions terme à terme entre science et religion, n’est-ce pas autour du miracle, objet de fortes controverses, que se sont instaurés des rapports nuancés entre raison et foi ? Depuis le XIe siècle, les documents pontificaux revendiquent la nécessité d’examiner, par une investigation systématique, les miracles déclarés dans le cadre des procédures de canonisation afin de déterminer si les guérisons extraordinaires, rapportées en faveur d’un candidat à la sainteté, sont véritablement inexplicables par la science.

Mais c’est sans doute à la suite des événements de Lourdes (apparitions et guérisons à partir de 1858) que les rapports entre la religion et la science s’expriment sous une forme totalement nouvelle, à une époque qui exaltait les vertus de la rationalité scientifique. En 1883, au sein même du sanctuaire de Lourdes, est créée une instance médicale de contrôle, chargée d’examiner rigoureusement les revendications de guérisons miraculeuses.

A travers l’histoire et l’analyse sociologique du fonctionnement de cette véritable  » police scientifique « , il est possible de mieux comprendre la manière dont sont construits les miracles à Lourdes. En effet, les précautions prises par l’Eglise rappellent que le miracle doit être reconnu et proclamé ; cette thèse montre qu’il est le produit d’un travail d’enquête complexe au résultat incertain : comment, dans ce cadre particulier, la médecine est-elle d’abord conduite à constater une guérison ? Puis à la considérer comme inexplicable ? Comment, ensuite, l’Eglise peut-elle procéder à l’authentification et à la proclamation du miracle ? De quelle nature sont les relations entre expertise médicale et enquête épiscopale ? Comment, au long de ce procès, la réflexion théologique de l’Eglise et les exigences démonstratives de la science s’accommodent-elles ? Quels sont les procédés par lesquels est éprouvée la solidité des faits ? Et comment traiter les cas où les preuves font défaut ?

Enfin, les évolutions et progrès de la médecine ne sont-ils pas responsables de l’actuelle raréfaction des miracles à Lourdes ? Ce sont les arcanes de cette dialectique qu’explore ce travail. Il s’agit, en effet, d’une investigation sociologique minutieuse du déroulement des opérations effectuées lors de l’expertise de guérisons déclarées miraculeuses, par le biais de l’analyse d’un matériau difficile d’accès et inexploité scientifiquement jusqu’ici : les dossiers des miraculés de Lourdes.

Contre une vision simpliste qui ne retiendrait que sa dimension religieuse, ce travail montre que le miracle est la résultante d’un jeu de forces hétérogènes. Des craintes de l’administration impériale concernant la force potentielle des foules qui se rendent à Lourdes en 1858 aux exigences d’une nouvelle épistémologie religieuse soucieuse de se distinguer des superstitions et des manifestations naïves de la foi populaire ; des violentes confrontations entre catholiques et rationalistes à la fin du XIXe siècle à la bataille des théoriciens de l’hystérie et aux stratégies offensives des médecins catholiques et de certains apologistes… le miracle apparaît comme un objet complexe, synthétisant de nombreux intérêts et de non moins nombreuses contraintes.

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Un commentaire pour Sociologie de l’expertise médicale des guérisons “miraculeuses” à Lourdes (L. Ogorzelec-Guinchard)

  1. mention jacques prof de gyneco-obstetrique chu Amiens 38 rue lemerchier 80000 amiens dit :

    j’aimerais lire votre thèse: étant expert judiciaire les enquetes médicales sur les guérisons de Lourdes votre vision sociologique est surement des plus interressante:bien à vous J MENTION

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