Appels à communication – Congrès AFS 2019

aixLe réseau « Sociologie & Religions » lance deux appels à communication en vue des sessions du prochain congrès de l’AFS, qui se tiendra à Aix en Provence du 27 au 30 août 2019 :
1.Un appel pour les sessions générales du réseau
2. Un appel pour une session commune avec le réseau « Recherches en sciences sociales sur la sexualité »

1. Frontières et mobilités religieuses : quelles catégories, pour quelle sociologie ?

Le déclin tendanciel de l’autorité institutionnelle, la diversification des pratiques et la subjectivisation de l’expérience religieuse – décrite par D. Hervieu-Léger comme « un déplacement du lieu de la vérité du croire, de l’institution vers le sujet croyant » (1993 : 245) – ont conduit au cours des dernières décennies à réinterroger les catégories classiques de l’analyse sociologique des religions. La plus grande mobilité des parcours individuels rendant plus incertaine la notion d’appartenance, les frontières confessionnelles ont semblé s’estomper pour laisser place à des élaborations plus personnelles. Enfin, la circulation mondiale de contenus de croyance possiblement déconnectés du contexte social et culturel dont ils sont issus nourrit des formes d’« exotisme religieux » (Altglas, 2014).

À l’occasion du prochain congrès, et en lien avec sa thématique générale « Classer, déclasser, reclasser », nous souhaitons nous intéresser à l’articulation entre frontières et mobilités religieuses, et réfléchir aux enjeux de classement ou de catégorisation qui y sont associés. À partir de communications basées sur des enquêtes empiriques, il s’agira de se demander comment les différents types de mobilités contemporaines – sociales, géographiques, économiques – interagissent avec les pratiques religieuses, tout en restant attentifs aux inégalités sociales qui structurent ces mobilités : si les circulations s’amplifient, elles n’offrent pas les mêmes opportunités en fonction du capital social, culturel ou économique dont les croyants sont dotés (Friedman, 2000 : 195-196). De même, la relativisation d’un certain nombre de frontières externes (confessionnelles, politiques ou sociales) ne peut faire oublier le poids de frontières internes qui contribuent à établir des lignes de différenciation et de distinction, voire de discrimination et de ségrégation (Fassin, 2012 : 15), au sein de la société ou des espaces religieux eux-mêmes. La complexité de ces processus oblige à envisager le religieux dans son imbrication avec le contexte social où il prend place, plutôt que comme un champ à distance de la vie sociale « ordinaire ». Plusieurs axes peuvent permettre de construire cette réflexion collective.

Axe 1. Où passent les frontières du religieux contemporain

Dans cet axe, on pourra notamment s’intéresser aux relations entre religion et nationalisme ; aux relations entre religion, ethnicité ou racialisation. Nous aimerions aussi examiner les dynamiques de dépassement et de renforcement des frontières sociales ou raciales qui travaillent chaque institution ou milieu religieux. Enfin, cet axe invite à porter l’attention aux logiques de distinction et de hiérarchie sociale qui structurent les pratiques religieuses individuelles.

Axe 2. Frontières, mobilités et autorité

On se demandera ici qui circule, qui « bricole » et quelles sont les régularités sociologiques à l’œuvre, au-delà d’une apparente autonomisation du religieux vis-à-vis des déterminations sociales. Dans le prolongement des sessions du dernier congrès (« Faire autorité : sociologie du pouvoir en contexte religieux »), nous nous intéressons à la pluralisation des normes en terrain religieux, à la manière dont les institutions s’efforcent de maintenir des frontières et d’encadrer les mobilités, notamment en reconfigurant les modalités du travail et de l’autorité institutionnels.

Axe 3. Questions de méthode : les catégories d’analyse du religieux

Enfin, dans une perspective plus réflexive, nous aimerions réfléchir aux enjeux méthodologiques que soulève la catégorisation de faits sociaux comme « religieux ». Compte tenu de l’imbrication de la pratique religieuse dans un ensemble de rapports sociaux, il s’agit ici de se demander ce qui distingue, d’un point de vue empirique, les faits religieux des faits sociaux « ordinaires » : plus qu’une donnée de départ, la religion ne peut-elle pas être considérée avant tout comme une catégorie socialement construite ? En croisant les concepts et les outils théoriques de la sociologie des religions avec les approches développées dans d’autres domaines de la sociologie générale, l’objectif est donc d’interroger aussi les limites de la spécificité religieuse et les frontières disciplinaires.

Références bibliographiques

Altglas, V., 2014. From Yoga to Kabbalah. Religious exoticism and the logics of bricolage, Oxford, Oxford University Press.
Fassin, D., 2012. Introduction à Les nouvelles frontières de la société française. Paris, La découverte, pp. 5-24.
Friedman, J., 2000. Des racines et (dé)routes. Tropes pour trekkers ». L’Homme 156, pp. 187-206.
Hervieu-Léger, D., 1993. La religion pour mémoire, Paris, éditions du Cerf.

Pour répondre à cet appel. Les propositions de communications, d’une demi-page à une page, doivent indiquer : nom et prénom du ou des auteur.e.s ; affiliation institutionnelle ; adresse email. Elles sont à déposer sur le site de l’AFS en vous rendant sur cette page, rubrique « appel(s) à communication », avant la date limite fixée au 15 février 2019. La décision du comité d’organisation sera communiquée aux auteur.e.s fin mars 2019.

2. Le réseau thématique « Sociologie & religions » organise par ailleurs une session commune avec le réseau « Recherches en sciences sociales sur la sexualité »

Les travaux récents portant sur les liens entre sexualité, conjugalité, genre et religions, soulignent en particulier la montée des conservatismes religieux, en lien notamment en France avec les oppositions au mariage pour tous. Cette montée des conservatismes religieux et les discours patriarcaux sur la sexualité ne circonscrivent toutefois pas l’ensemble des modes d’imbrication entre sexualité et conjugalité, genre et religions. Fort de ce constat, cet appel commun aux RT 28 et 43 se propose de faire un triple pas de côté : tout d’abord en adoptant un regard large sur la religion et en s’intéressant à différentes formes d’engagement religieux, notamment celles qui sont moins visibles dans l’espace public. Ensuite, en déplaçant le regard des normes (religieuses, conjugales, sexuelles) vers les pratiques. Enfin, en interrogeant les rapports sociaux sous-tendant les appartenances, croyances et pratiques religieuses, tout autant que sexuelles et de genre, des individus. Plus précisément, les communications pourront s’inscrire dans une de ces trois thématiques

  •  Une approche socio-historique des classifications religieuses de la sexualité et de la conjugalité
  • Les luttes de classement à l’œuvre autour de la définition religieuse des pratiques conjugales et sexuelles ainsi que leurs arrière-plans sociaux, politiques et institutionnels
  • La prise en compte des rapports sociaux structurant les pratiques et représentations religieuses et sexuelles des individus : peut-on parler d’un « effet » de la religion sur la sexualité ou la conjugalité contemporaine ?

Cet appel à communication a pour objectif de réunir des travaux ayant un terrain empirique fort (ethnographique comme statistique) en couvrant une variété de terrains d’enquête et en veillant à ne pas laisser de côté les pratiques ordinaires et la banalité religieuse et sexuelle.

Les propositions de communication, d’une taille maximale de 2 500 signes (espaces compris),devront mentionner les informations suivantes :

  • Nom et prénom du/des auteur.e.s
  • Adresse(s) électronique(s)
  • Fonction(s)
  • Discipline(s)
  • Institution(s) de rattachement

Pour répondre à cet appel. Les propositions devront préciser les concepts utilisés et les matériaux empiriques mobilisés. Les propositions sont à déposer sur le site de l’AFS , cette page (rubrique « Appel(s) à communication », avant la date limite fixée au 15 février 2019. La décision du comité d’organisation sera communiquée aux auteur-e-s fin mars. Contact : Marie Bergström (marie.bergstrom(at)ined.fr), Pierre Brasseur (brasseurph(at)gmail.com), Marion Maudet (marion.maudet(at)ined.fr).

Les réponses aux deux appels se font de manière distincte, en sélectionnant l’un ou l’autre appel sur la page du réseau ou dans la liste générale des appels.

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Appel à communications : Religions et associations

logo_afs2016Le réseau thématique « Sociologie & Religions » organise avec le réseau thématique « Sociologie des mondes associatifs » de l’association française de sociologie une journée d’étude sur le thème « Religions et associations« . Cette journée aura lieu le 4 juin 2019 à l’Université Paris X Nanterre.

Nous lançons donc un appel à communications, les propositions sont à envoyer avant le 20 janvier 2019.

Argumentaire. Le projet de cette journée d’étude est né du constat selon lequel la sociologie des religions et la sociologie du monde associatif ont peu dialogué au cours des vingt dernières années. Les objets « religions » et « associations » sont pourtant largement imbriqués : les chercheuses et chercheurs qui s’intéressent au monde associatif rencontrent souvent le religieux, et réciproquement.

En France, les questions religieuses ont joué un rôle important dans la structuration du monde associatif. Elles ont été déterminantes dans l’élaboration de la loi de 1901, qui garantit la liberté d’association tout en encadrant plus strictement les congrégations catholiques. Après 1901, de nombreux secteurs associatifs (l’éducation populaire, la représentation des familles, le sport, etc.) se sont constitués autour d’un pôle laïque et d’un pôle confessionnel. Les questions religieuses n’ont d’ailleurs pas été absentes du pôle laïque, où des pratiques issues d’univers religieux ont pu être érigées en contre-modèles : ce fut le cas, par exemple, dans les secteurs caritatif et humanitaire (Siméant, 2009). Parallèlement certaines activités organisées par les institutions religieuses – comme les patronages paroissiaux dans l’entre-deux-guerres – se sont constituées par opposition aux mouvements laïques dans un contexte de concurrence entre l’Eglise catholique et l’Etat pour l’encadrement de la jeunesse (Tranvouez, 1987, 2006). Par ailleurs, des recherches menées sur des associations ont mis en évidence l’importance des socialisations religieuses antérieures dans les logiques d’engagement associatif (Siméant, 1998) et ont montré que certains recrutements associatifs reposaient largement sur des relations d’interconnaissance liées à des activités religieuses (Passy, 1998).

Malgré cette forte intrication des objets, les travaux croisant la sociologie du monde associatif et les sciences sociales des religions sont restés assez peu nombreux et, surtout, n’ont envisagé ce croisement qu’à partir d’un faisceau limité de questions. La question qui a sans doute le plus rapproché ces deux champs de recherche est celle du lien entre appartenance religieuse et engagement dans l’espace public, analysé sous l’angle de la socialisation religieuse et de ses effets (Donegani, 1993 ; Bréchon, Duriez et Ion, 2000). Quelques travaux récents ont également abordé des associations constituées autour d’une appartenance religieuse sous l’angle du genre, ce qui amène à croiser de manière plus systématique les questions associatives et religieuses (Della Sudda, 2009 ; Rétif, 2013). Enfin, les analyses de Céline Béraud (2007) sur la division du travail religieux dans l’Eglise catholique, en interrogeant les pratiques du bénévolat, la précarité des statuts et les modes d’engagement temporaires par exemple, entrent particulièrement en résonnance avec les recherches sur le travail associatif et les politiques du bénévolat (Simonet, 2010 et 2018).

Cette journée d’études entend renouer le dialogue entre la sociologie du monde associatif et la sociologie des religions. Elle vise notamment à décloisonner l’objet religieux en montrant dans quels contextes et selon quelles modalités les institutions et acteurs religieux recourent au statut associatif (loi 1901). Ce recours s’effectue de manière exclusive ou complémentaire, en distinguant dans ce dernier cas les activités directement liées à l’exercice du culte (réglementées par la loi 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat) des autres (loi 1901) comme les activités sociales et d’entraide, les activités sportives (patronages paroissiaux), culturelles et éducatives (associations de parents d’élèves) ou de sauvegarde du patrimoine religieux. Le statut associatif, largement utilisé par les institutions et acteurs religieux, contribue ainsi à mettre en forme des activités qui, sans être directement liées à l’exercice du culte, participent néanmoins pleinement à la vie de ces communautés religieuses. Les associations loi 1901 doivent se doter d’instances spécifiques (assemblée générale, bureau, etc.) et mettre en œuvre des modes de prise de décision particuliers (élections, principe démocratique d’un homme égale une voix, etc.). Le statut d’association loi 1901 permet par ailleurs l’accès à un certain nombre de ressources, qu’il s’agisse des subventions publiques, de la reconnaissance d’utilité publique, des agréments par les ministères, de la possibilité de participer à des instances telles que l’UNAF, ou encore de recourir au volontariat ou aux emplois aidés du secteur non-marchand. Loin de se résumer à une question purement formelle, le recours à la forme associative constitue donc une dimension importante du religieux contemporain qui incite à s’interroger sur le rapport à la hiérarchie et à l’institution religieuses que ces associations et militants associatifs entretiennent et sur la manière dont l’institution tente d’y répondre (Lagroye, 2006). Dans un contexte de sécularisation et de crise des institutions religieuses, les activités « associatives » (non directement liées à l’exercice du culte) peuvent d’ailleurs apparaître comme une des solutions pour maintenir une attractivité et une utilité sociale du religieux.

Nous sollicitons pour cette journée d’étude des communications issues de recherches sociologiques sur des terrains associatifs dans lesquels est présent le religieux sous toutes ses formes. Nous encourageons particulièrement les propositions issues de recherches mobilisant des approches socio-historiques. Les communications pourront choisir plusieurs entrées pour aborder ces relations entre associations et religions.

On pourra s’intéresser en premier lieu aux modalités d’organisation collective, aux formes de légitimité et de pouvoir. Comment des pratiques organisationnelles forgées dans des espaces religieux (paroisses, églises, etc.) sont-elles retraduites, maintenues ou adaptées dans le champ associatif ? À l’inverse, comment la forme associative vient-elle structurer des activités organisées par les institutions religieuses ? Dans quelle mesure celles-ci sont-elles travaillées par les logiques de salarisation et de professionnalisation observables dans le monde associatif (Hély, 2009) ? L’analyse socio-historique d’associations caritatives d’origine confessionnelle (Armée du Salut, Secours catholique, Emmaüs, Cimade, etc.) peut aussi fournir des éclairages utiles sur les logiques de réaffirmation ou de mise à distance des héritages religieux. On pourra également réfléchir à la manière dont des injonctions ou des normes juridiques contemporaines, comme l’égalité des sexes, la parité et la diversité – qui connaissent des traductions inégales dans le monde associatif – rencontrent des croyances et pratiques religieuses.

Une autre entrée possible consiste à porter une attention plus spécifique aux propriétés sociales des acteurs, à leurs dispositions et à leurs trajectoires d’engagement. Grâce aux enquêtes de l’INSEE (Burricand et Gleizes, 2016), on dispose de données relativement complètes sur les déterminants sociaux de la participation associative. Une comparaison avec les déterminants sociaux de l’engagement religieux est-elle éclairante ? Et quelles corrélations peut-on observer statistiquement entre appartenance religieuse et engagement associatif ? L’analyse croisée des dispositions susceptibles de nourrir l’engagement associatif et religieux permettra d’éclairer les processus de socialisation et leurs effets sur les pratiques religieuses et associatives.

Modalités de soumission. Les propositions de communication (une demi-page à une page) préciseront le contenu de la communication et les matériaux utilisés. Il doit s’agir de propositions originales car la journée d’étude donnera lieu à une publication. Les propositions sont à envoyer avant le 20 janvier 2019 à l’adresse suivante : retifsophie(at)gmail.com. Les auteur.e.s seront informé.e.s mi-février 2019 de la réponse du comité. Les textes des communications retenues devront être envoyés 15 jours avant la journée d’étude.

Comité d’organisation
Constance Cheynel (Université Paris Dauphine – PSL, IRISSO)
Yannick Fer (CNRS, Centre Maurice Halbwachs)
Gwendoline Malogne-Fer (Centre Maurice Halbwachs)
Camille Martin (Université Lyon 2, Centre Maurice Halbwachs)
Sophie Rétif (Université Paris Nanterre, IDHE.S)
Sbeih Sbeih (LabexMed, Aix-Marseille Université, Iremam)

Comité scientifique
Julien Beaugé (Université Picardie, Curapp)
Axelle Brodiez-Dolino (CNRS, Centre Norbert Elias)
Claude Dargent (Université Paris 8, Cresppa)
Johanna Siméant-Germanos (ENS, Centre Maurice Halbwachs)

Bibliographie
Béraud, Céline, Prêtres, diacres, laïcs. Révolution silencieuse dans le catholicisme français, Paris, PUF, 2007.
Bréchon, Pierre, Duriez, Bruno, Ion, Jacques (dir.), Religion et action dans l’espace public, Paris, L’Harmattan, 2000.
Burricand, Carine, Gleizes, François, « Trente ans de vie associative. Une participation stable mais davantage féminine », INSEE Première, n°1580, janvier 2016.
Della Sudda, Magali, « La charité et les affaires. Le cas de la Ligue patriotique des françaises (1901-1914) », Entreprises et histoire, n°56, vol. 3, 2009, pp. 11-29.
Donegani, Jean-Marie, La liberté de choisir. Pluralisme religieux et pluralisme politique dans le catholicisme français contemporain, Paris, Presses de Sciences Po, 1993.
Duriez, Bruno, Mabille François, Rousselet Kathy (dir)., Les ONG confessionnelles. Religions et action internationale, Paris, L’Harmattan, 2007.
Hély, Matthieu, Les métamorphoses du monde associatif, Paris, Presses Universitaires de France, 2009.
Lagroye, Jacques, La vérité dans l’Eglise catholique, Paris, Belin, 2006.
Passy, Florence, L’action altruiste, Genève/Paris, Droz, 1998.
Rétif, Sophie, Logiques de genre dans l’engagement associatif, Paris, Dalloz, 2013.
Siméant, Johanna, La cause des sans-papiers, Paris, Presses de Sciences Po, 1998.
Siméant, Johanna, « Socialisation catholique et biens de salut dans quatre ONG humanitaires françaises », Le Mouvement Social, avril-juin 2009.
Simonet, Maud, Le travail bénévole. Engagement citoyen ou travail gratuit ?, Paris, La Dispute, 2010.
Simonet, Maud, Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?, Paris, Textuel, 2018.
Tranvouez Yvon, « Les patros revisités », Vingtième Siècle. Revue d’histoire n°16, 1987, p. 106-109.
Tranvouez Yvon, « Le sport catholique en France », Vingtième Siècle. Revue d’histoire n°92, 2006, p. 171-180.

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Présentation de Science et Religion – 8 novembre 2018

Affiche 8 novembre-page-0Claude Dargent interviendra le 8 novembre 2018, dans le cadre de l’atelier « En vérité je vous le dis ». Régimes de vérité, sciences (sociales) et religion du programme PSL « Agenda pour une sociologie critique des religions« .

Son intervention, sur le thème « Sociologie, science et religion », sera l’occasion de présenter le livre collectif Science et religion publié en 2017 aux éditions CNRS Alpha (C. Dargent, Y. Fer et R. Liogier, eds.), issu de sessions organisées par le réseau Sociologie &  Religion lors du congrès de l’Association française de sociologie à Nantes.

Ci-dessous, l’argumentaire et le programme de cet atelier. Le programme détaillé (incluant résumés et bibliographie) peut être téléchargé en cliquant ici.

« En vérité, je vous le dis »

Régimes de vérité, sciences (sociales) et religion

Atelier du programme PSL

« Agenda pour une sociologie critique des religions »

8 novembre 2018, 14h-18h

ENS – Salle 236

29, rue d’Ulm, 75005 Paris

Cet atelier vise à réfléchir aux conditions de production des connaissances scientifiques, à partir d’une analyse des relations entre science et religion et avec une attention plus particulière au cas de la sociologie des religions. L’autonomie du champ scientifique « n’est pas une donnée mais une conquête historique, qui est toujours à recommencer » (Bourdieu, 2001 : 100) et cette autonomie est aujourd’hui contestée par un ensemble de stratégies qui tendent à relativiser la frontière entre croyance et connaissance. Comme le souligne P. Mirowski, qui s’est intéressé aux circonstances structurelles favorisant la « production de l’ignorance », « la confusion est devenue une stratégie politique » (cité par Girel, 2018 : 201) : elle peut en effet servir des intérêts politiques, économiques (le financement de « recherches » par les industries du tabac ou des pesticides) ou religieux (l’Intelligence Design comme « théorie » alternative à la théorie de l’évolution).

Les sciences sociales sont elles-mêmes exposées à ce type de confusion et la sociologie tout particulièrement, dans la mesure où ce qui s’y joue est la possibilité de « dire la vérité, ou pire, définir les conditions dans lesquelles on peut dire la vérité » sur le monde social (Bourdieu, 2001 : 170). On voit bien aussi en quoi la position de la sociologie des religions est plus périlleuse que d’autres, compte tenu de ses origines historiques – étroitement liées aux institutions religieuses – et de ses difficultés persistantes à trouver la « bonne » distance vis-à-vis des objets religieux qu’elle étudie. L’autonomie d’un champ scientifique dépendant pour une large part de l’instauration d’un « droit d’entrée », toute l’ambiguïté intrinsèque de certaines approches sociologiques de la religion (qui s’apparentent de fait à des sciences religieuses) consiste à transmuer une proximité problématique avec l’objet d’étude en fondement épistémologique d’une science véritable : il serait impossible de comprendre l’expérience religieuse sans une forme ou une autre de « familiarité » personnelle avec celle-ci. En écho à ces stratégies, le fait que des acteurs religieux s’approprient régulièrement le registre des sciences sociales – comme dans les discours chrétiens sur « les invariants anthropologiques » déployés pour s’opposer au mariage pour tous – soulignent l’acuité de ces enjeux et l’intérêt, pour ces acteurs religieux, de trouver dans le champ académique des relais prêts à participer (consciemment ou non) à la conversion des convictions religieuses en « vérités » scientifiques.

Références bibliographiques
Bourdieu, P. 2001. Science de la science et réflexivité, Paris, Raisons d’agir.
Girel, M. 2018. Mirowski, les « Fake News » et l’agnotologie.
Mirowski, P. 2011. Science-Mart: Privatizing American science, Cambridge (Mass.), Harvard University Press.

PROGRAMME

14h-14h45. Mathias Girel (ENS, CAPHES), Ignorance, démarcation et confusion, une lecture pragmatiste.

14h45-15h15. Discussion

(Pause)

15h30-16h15. Véronique Altglas (Queen’s University Belfast), Une réforme de la sociologie des religions ? Autour du livre Bringing the Social Back into the Sociology of Religion.

16h15-17h. Claude Dargent (Université Paris 8, CRESPPA), Sociologie, science et religion. À propos du livre Science et religion.

17h-18h. Discussion générale

Discutant : Philippe Gonzalez (Université de Lausanne, ISS-THEMA)

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