Sociologie du pentecôtisme (parution)

couvLe pentecôtisme et les courants charismatiques qui en sont issus ont fait l’objet ces dernières décennies de nombreuses publications, le plus souvent sous la forme d’enquêtes anthropologiques. Il manquait une synthèse plus systématique, des clés de lecture théoriques permettant de cerner – au-delà de la grande diversité de ses expressions locales – les principales caractéristiques sociologiques de ce phénomène religieux. Le livre de Yannick Fer, qui paraît cette semaine dans la collection 4 vents des éditions Karthala, s’appuie sur une revue de la littérature disponible et sur des recherches personnelles conduites ces quinze dernières années pour éclairer les principaux enjeux liés à la compréhension du pentecôtisme en sciences sociales.
Quelles sont les origines du pentecôtisme et comment faire la part entre le récit légendaire forgé par les pentecôtistes eux-mêmes et la réalité historique ? Comment s’opère la conversion pentecôtiste, quelle place occupe l’institution dans ce travail de transformation des existences personnelles et que recouvre exactement l’expérience pentecôtiste de la « guérison » ? Quel rôle y jouent les émotions ? Quelles relations les différents courants du pentecôtisme entretiennent-ils avec la globalisation et les cultures locales ? Et en quoi le pentecôtisme est-il aussi un acteur politique ?
L’ambition de ce livre est de faire du pentecôtisme un objet sociologique, susceptible d’éclairer les évolutions contemporaines des rapports entre autonomie individuelle, institution, autorité et engagement.

 

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Soutenance de thèse : l’enseignement privé musulman de niveau élémentaire

Diane-Sophie Girin a soutenu aujourd’hui à la Maison des sciences de l’homme (Paris), une thèse de doctorat de l’EPHE en sociologie intitulée « Des écoles comme les autres ? L’enseignement privé musulman de niveau élémentaire, entre recherche de distinction et quête de respectabilisation ».

Résumé
Depuis environ cinq ans, les controverses sur l’enseignement musulman se succèdent dans les agendas médiatiques, politiques et législatifs. Les écoles musulmanes, transformées en véritable problème public à résoudre, se retrouvent prises dans une tension entre la volonté d’être perçues comme des écoles « comme les autres » tout en s’efforçant d’affirmer une spécificité. Selon un oxymore très parlant, elles veulent être « différentes, comme tout le monde ! ». C’est cette tension que notre thèse cherche à analyser. Après avoir historicisé la catégorie école musulmane et sa construction comme problème public, cette thèse se penche sur la diversité interne au sein des établissements musulmans. À partir d’une enquête par entretiens et par observations, elle s’intéresse à la manière dont les écoles sont traversées par deux mouvements, le premier de respectabilisation, le second de distinction. Cette tension transparaît aussi bien dans les choix quotidiens opérés en classe par les enseignantes que dans les orientations des établissements à moyen et long terme. Opter pour un réglage en faveur de la distinction, voire de l’irrespectabilité se révèle coûteux pour les écoles musulmanes, d’autant plus après le passage de la loi Gatel (2018) et de la loi renforçant le respect des principes de la République (2021). À l’inverse, prendre le parti de la respectabilisation en vue d’obtenir un passage sous contrat avec l’État ne signifie pas que l’entreprise soit toujours couronnée de succès. Pour des raisons tout autant politiques qu’économiques, la contractualisation des écoles musulmanes est aujourd’hui à l’arrêt.

Jury

Valérie Amiraux, Professeure à l’Université de Montréal, rapporteure.

Kimberly A. Arkin, Professeure associée à l’Université de Boston.

Frank Frégosi, Directeur de recherche au CNRS.

Benjamin Moignard, Professeur à l’Université Cergy-Paris, rapporteur.

Philippe Portier, Directeur d’études à l’EPHE, directeur de thèse.

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Soutenance de thèse : L’administration des populations tsiganes en France de 1945 aux années 1980

Laure Mouchard soutiendra sa thèse en sociologie préparée sous la direction d’Emmanuel Pedler le vendredi 22 octobre 2021, 14h30, à l’EHESS Campus Marseille (La Vieille Charité). La soutenance se déroulera en présentiel. En raison du contexte sanitaire, la jauge sera réduite. Pour assister à la soutenance, écrire à mouchard.laure(at)gmail.com.

Titre
Politiques « d’origine ». L’administration des populations tsiganes en France de 1945 aux années 1980 : sociologie d’une entreprise collective d’aide, d’études et de gestion

Résumé
Ce travail de doctorat porte sur l’émergence en France, après la Seconde Guerre mondiale, d’un mouvement d’aide, d’études puis de gestion des populations tsiganes, engagé sous la forme associative et peu à peu institutionnalisé. Compris comme une « entreprise collective » dont la thèse s’attache à décrire la constitution puis le développement, ce mouvement a été peu documenté par la littérature scientifique consacrée aux « politiques tsiganes ». Celle-ci en effet s’est concentrée à renseigner des périodes identifiées par des interventions législatives – l’élaboration entre 1895 et 1912 du statut de nomade, sa réforme par la loi en 1969, l’instauration des lois Besson en 1990 et 2000 et l’émergence de la catégorie « gens du voyage » – ou les époques particulièrement dramatiques que constituèrent les Premières et Seconde Guerre mondiales durant lesquelles les populations assujetties au statut de nomade furent soumises, entre autres, à l’internement en France. Complétant cette histoire, cette thèse se donne pour objectif de saisir comment cette politique tsigane s’est poursuivie en France en-deçà du législatif. Prenant notamment pour matériau des archives non encore explorées, tant publiques que privées, ce travail documente cette entreprise collective de son émergence jusqu’à sa formalisation au sein Comité National d’action et d’Information sociales pour les  »Gens du voyage » et personnes d’origine Nomade (CNIN) et identifie les mondes qui s’y trouvèrent enrôlés ou convoqués (mondes scientifiques, du travail social, espaces de la militance catholique et groupements associatifs visant l’action sociale ou l’assistance, ministères et leurs administrations). La catégorisation, omniprésente dans les archives, de « nomade et d’origine nomade » fait l’objet d’une étude resserrée par l’exploration de deux enquêtes de portée nationale qui l’ont mobilisée et informée. Cette étude permet de rendre compte de la constitution, par des agents et corps de l’État, d’une mise en ordre racialisé du monde dans laquelle les populations ainsi catégorisées furent jugée inférieures et, partant, à « relever ». C’est à documenter l’élaboration des dispositifs particuliers que constituent les « villages tsiganes » et « terrains » ou « aires de stationnement » dans le courant des années 1960 qu’est consacrée la troisième partie de cette thèse. Ces dispositifs sont ici saisis et donnés à lire par des mises en récit de leur création qui en manifestent le caractère « expérimental » et « pilote ». Par des chronologies de traverses qui complexifient l’histoire jusqu’alors élaborée, le quatrième temps de la thèse est consacré à expliciter les dissensions qui se firent jour au sein ou aux entours de l’entreprise, et qui signent la singularisation de certaines voix ont été portées et des processus, tels que des enquêtes, qui les ont informées.

Jury
Emmanuel Pedler (Centre Norbert Elias/CNRS) (directeur de thèse)
Sylvie Tissot, (Paris 8) (rapporteure)
Patrick Simon (INED) (rapporteur)
Axelle Brodiez-Dolino (Centre Norbert Elias/CNRS)
Alexis Spire (CNRS)

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