Appels à communication – Congrès AFS 2021

Le réseau « Sociologie & Religions » lance deux appels à communication en vue des sessions du prochain congrès de l’AFS, qui se tiendra à Lille du 6 au 9 juillet 2021.
1.Un appel pour les sessions générales du réseau
2. Un appel pour une session commune avec le réseau « Sociologie visuelle et filmique »

Approches croisées des changements religieux

La sociologie des religions française s’est structurée dans les années 1960 autour de concepts – la sécularisation, la pluralisation religieuse, l’individualisation des pratiques et croyances– qui accordent une place centrale à la notion de changement, en y associant des connotations positives (la « modernité » religieuse) ou négatives (le registre de la perte) et analysée à différents échelles (individuelle, organisationnelle etc.). Tout en tenant compte des apports de ces paradigmes, l’objectif du réseau thématique sera de s’éloigner des approches théoriques qui seraient spécifiques aux religieux en s’interrogeant sur le travail de sélection et de catégorisation à l’œuvre (comment définir ce qui est « religieux « ? Comment appréhender objectivement ou subjectivement le changement ?). Pour ce faire, ces sessions privilégieront des approches croisées, fondées sur des enquêtes empiriques, de manière à interroger l’articulation entre changements religieux et d’autres types de changements sociaux en associant sociologie des religions et sociologie politique, sociologie urbaine et des territoires, sociologie de la famille et du genre, des associations, du militantisme etc. Nous accorderons une attention particulière aux relations entre religions et territoires, et aux changements affectant aujourd’hui l’exercice du métier de sociologue lorsque celui-ci prend pour objet la religion.

Changements religieux, changements sociaux

En analysant les interactions entre changements religieux et changements sociaux il s’agira à la fois de rendre compte de l’inscription du religieux dans son environnement social et de mesurer l’autonomie relative de la variable religieuse dans des contextes donnés. Autrement dit, l’objectif est de réfléchir à des approches du changement religieux qui prennent en compte l’imbrication des rapports sociaux. Cette réflexion pourra prendre appui aussi bien sur des méthodes quantitatives, afin de mesurer les corrélations entre des affiliations religieuses et des pratiques sociales, que sur des méthodes qualitatives ancrées dans l’observation directe des imbrications du religieux et du social.

Religions et territoires en changement

En nous intéressant plus particulièrement aux approches croisant sociologie des religions et sociologie des territoires (urbains, périurbains, ruraux etc.), l’objectif est de questionner la dimension territoriale des pratiques et croyances religieuses catégorisées comme « nouvelles » (mobilité, circulation, multiappartenance) ou mettant en avant la mobilité géographique (pèlerinages). On pourra aussi analyser, dans cette perspective, les reconstitutions discursives, rituelles ou matérielles que le registre du changement religieux est susceptible de produire en référence à des territoires : patrimonialisation du religieux, nostalgie ou discours politico-religieux sur les « racines », réappropriations symboliques, préoccupations environnementales et sacralisation de la nature etc.

La transformation du métier de sociologue des religions

Enfin, il s’agira de s’interroger sur les transformations du métier de sociologue et les enjeux méthodiques, théoriques et épistémologiques que ces transformations soulèvent pour les sociologues spécialistes du religieux ou qui croisent le religieux sur leur terrain d’enquête. Dans un contexte marqué par la contractualisation de la recherche et par la place grandissante que les religions occupent dans l’espace public, politique et médiatique la thématique du changement religieux est-elle même l’objet de discours idéologiques et normatifs qui ont une incidence sur les conditions de l’enquête en terrain religieux. L’objectif ici est d’analyser collectivement, à partir d’expériences de terrain et d’une approche réflexive du champ académique, les principaux facteurs sociaux, politiques et scientifiques pesant aujourd’hui sur nos pratiques de recherche et les questions méthodologiques qu’ils soulèvent.

2. Le réseau thématique « Sociologie & religions » organise par ailleurs une session commune avec le réseau « Sociologie visuelle et filmique », sur le thème « Filmer le religieux : quelles méthodes, quels enjeux ? »

Cette session croisée organisée par les réseaux thématiques sociologie visuelle et filmique (RT47) et sociologie et religions (RT 43) s’intéressera aux conditions pratiques ainsi qu’aux enjeux méthodologiques et épistémologiques liés au fait de filmer le religieux. À partir d’expériences concrètes de terrain, il s’agira de réfléchir à l’articulation entre l’enquête sociologique et la réalisation de films documentaires (de vidéos ou de photographies). Cette session sera l’occasion d’expliciter les apports et les limites de la démarche filmique appliquée aux activités perçues comme « religieuses », de s’interroger sur les conditions de faisabilité et d’acceptabilité de la présence de la caméra en terrain religieux. Nous nous interrogerons notamment sur le type de représentations des faits religieux que la caméra contribue à produire, la manière dont elle peut à la fois saisir le religieux dans son imbrication avec d’autres rapports sociaux et éclairer certaines dimensions sensibles de l’expérience religieuse, plus difficiles à décrire par l’écrit. Il s’agira aussi de rendre compte des interactions, des enjeux sous-jacents et des attentes des acteurs religieux (en termes de visibilité, de publicisation des activités religieuses) que l’usage de la caméra est susceptible de susciter. Plus généralement, en lien avec la thématique générale du congrès sur les changements du métier de sociologue, cette session privilégiera les approches réflexives explicitant les conditions pratiques et les questionnements théoriques de la démarche filmique ainsi que les modalités de restitution et de valorisation des recherches que permet la sociologie visuelle et filmique.

Pour répondre à ces appels. Les propositions de communications, d’une demi-page à une page, doivent indiquer : nom et prénom du ou des auteur.e.s ; affiliation institutionnelle ; adresse email. Elles sont à déposer sur le site de l’AFS en vous rendant sur cette page, rubrique « appel(s) à communication », avant la date limite fixée au 31 janvier 2021. La décision sera communiquée aux auteur.e.s mi-mars 2021.

Les réponses aux deux appels se font de manière distincte, en sélectionnant l’un ou l’autre appel sur la page du réseau ou dans la liste générale des appels.

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Soutenance de thèse : Sécularisation, genre, sexualité

Marion Maudet soutiendra le lundi 9 décembre 2019, à l’Ined, sa thèse de doctorat en sociologie intitulée « Sécularisation, genre, sexualité. Des catholiques et des musulman·e·s en quête de sens (années 1970 – années 2010) »
La soutenance aura lieu à partir de 13h, salle Alfred Sauvy (133, boulevard Davout, 75020 Paris).
Le jury est composé de :
 
Céline Béraud, sociologue, directrice d’études à l’EHESS
Michel Bozon, directeur de recherche à l’Ined, chercheur associé à l’Iris (Directeur de thèse)
Sébastien Chauvin, professeur associé, Université de Lausanne
Baptiste Coulmont, professeur de sociologie à l’Université Paris 8 (Rapporteur)
Éric Fassin, professeur de sociologie à l’Université Paris 8 (Rapporteur)
Florence Maillochon, directrice de recherche CNRS, professeure associée à l’ENS
Florence Rochefort, chargée de recherche CNRS

Les paysages religieux et sexuels se caractérisent, en France, par des mutations communes, caractérisant la dynamique plus large de sécularisation de la société française. Ils sont traversés par des processus de diversification des pratiques, de pluralisation des répertoires d’action et d’individualisation des normes, tout autant que par le maintien de cadres sociaux régulant les conduites.

Le contexte religieux français est marqué par la perte d’influence institutionnelle de la religion catholique et par la diminution des appartenances catholiques, par l’importance croissante des individus ne déclarant aucune appartenance religieuse, ainsi que par l’affirmation de l’islam. Il s’agit en effet d’une religion jeune, dynamique, et souvent socialement minorée et racialisée. Ces évolutions – tout autant que l’histoire différente du catholicisme et de l’islam en France – interrogent la forte visibilité publique et médiatique d’une frange religieuse mobilisée autour de questions de genre et de sexualité. Pour mieux comprendre ces phénomènes, le travail de thèse questionne l’articulation entre genre, sexualité et religions en France depuis les années 1970, en s’appuyant sur les pratiques et représentations sexuelles des catholiques et des musulman·e·s.

L’analyse utilise deux types de matériaux : trois grandes enquêtes de population sur la sexualité en France (1970, 1992, 2006) et une sur la conjugalité (2013), ainsi que des entretiens biographiques auprès de personnes se déclarant catholiques et musulman·e·s. Le croisement de ces deux matériaux permet d’étudier, dans une perspective comparative, l’évolution des conduites sexuelles des femmes et des hommes selon leur religiosité.

Le répertoire sexuel des individus, qu’ils soient catholiques, musulmans ou sans religion d’appartenance, est diversifié et étendu. Les pratiques sexuelles se rapprochent entre catholiques et personnes sans religion (âge d’entrée dans la sexualité, masturbation, pornographie), tandis que la sexualité des musulman·e·s est marquée par des écarts de genre importants et des pratiques en lien avec leur position minoritaire dans l’espace social (comme le recours à la prostitution pour les hommes). Les représentations associées à la famille et à l’homosexualité se résument à trois grandes configurations, selon l’attachement des personnes au couple, à la procréation et à l’hétérosexualité. La religion détermine en partie ces positionnements, qui s’inscrivent toutefois dans des parcours biographiques et des expériences sexuelles plus larges.

La thèse montre de plus comment s’imbriquent les trajectoires religieuses et sexuelles des femmes et des hommes à partir de leurs parcours de vie et de leur position dans les rapports sociaux (de classe, de genre, de race). La religion apparaît, selon le contexte, comme une ressource (culturelle, sociale ou symbolique) pouvant être utilisée dans la recherche d’un·e partenaire et euphémiser ou renforcer des logiques de sélection sociale. Les entretiens éclairent les manières dont les individus s’approprient leur religion, tant dans leurs discours que dans les discours sur leurs pratiques, mais aussi les façons dont ils subjectivent les normes et les (re)constituent a posteriori, en relisant leurs expériences biographiques.

In fine, la thèse apporte des clés pour mieux comprendre le processus de sécularisation en France. La sexualité des catholiques et des musulman·e·s offre un point de vue original sur la manière dont les individu·e·s se constituent comme sujets. Elle apporte un nouveau regard sur les formes que prend la normativité sociale, dans une société sécularisée, au sein de laquelle les sources normatives sont nombreuses et peu hiérarchisées. Enfin, elle démontre que la religion renvoie à des rapports sociaux combinés, dans une société traversée par des inégalités de genre, de classe, de race et de sexualité.

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Soutenance de thèse : « La fabrique de la fin de vie » (P. Launay)

Pauline Launay soutiendra le mardi 26 novembre 2019 à 14h30 à l’Université de Caen sa thèse de doctorat intitulée « La Fabrique de la fin de vie. Ethnographie d’une Unité de Soins Palliatifs« .

La soutenance aura lieu  au campus 1, bâtiment D (Droit), salle du Belvédère (4ème étage).

Directeurs de thèse :
Dominique BEYNIER, Professeur de sociologie, Université de Caen Normandie, CERReV
Camille TAROT, Professeur de sociologie, Université de Caen Normandie, CERReV

Composition du jury :
Michel CASTRA, Professeur de sociologie, Université de Lille I, CeRIES, Rapporteur
Gaëlle CLAVANDIER, Maîtresse de conférence HDR en sociologie, Université Jean-Monet (Saint-Étienne), Centre Max Weber, UMR 5283, Examinatrice
Danièle HERVIEU-LÉGER, Directrice d’études, EHESS, CéSor, Rapporteure
Marika MOISSEEFF, Chargée de recherche, CNRS, Laboratoire d’Anthropologie Sociale, Examinatrice

Résumé :

Dans un contexte de transformation du champ médical, la prise en charge hospitalière de la fin de vie devient un objet central de préoccupation dans les années 1970. La médecine palliative, qui s’institutionnalise en 1986, vise à y répondre en développant des accompagnements holistiques de la souffrance (physique, sociale, psychique et spirituelle) des patients en fin de vie et de leurs proches. Cette approche globale du soin modifie l’organisation du travail et fait primer la temporalité des phénomènes pathologiques sur leur spatialité, interrogeant l’épistémologie médicale dans son ensemble. Les Unités de Soins Palliatifs (USP), dédiées aux patients dont les traitements à visée curative ont été arrêtés, conservent une place caractéristique parmi les différentes structures palliatives. À partir d’une enquête qualitative menée au sein d’une USP, cette recherche a d’abord cherché à faire entendre la voix des professionnelles qui, bien souvent, aspirent en premier lieu à retourner le stigmate attaché à leur activité. Ce travail ethnographique s’est, en particulier, attaché à analyser la dimension spatiale des rapports sociaux. Conçu comme des dispositifs de lutte contre le « tabou de la mort » et, par là, d’annonce de la mort à venir, les USP matérialisent le temps par l’espace. Cet aménagement se double, dans les prises en charge, d’une matérialisation par les corps. Ainsi, le corps du patient devient le support autour duquel vont se tisser les liens et s’affirmer les identités. Ce faisant, les USP posent la question de la ritualité contemporaine, non pas tant par leur forme que par leur fonction. Du fait de sa position liminale, le cadavre cristallise ici des désirs ambivalents de maîtrise et de déprise. Le travail spécifique des soignantes paramédicales, de l’agonie à l’exposition post mortem du corps, est à ce titre révélateur. À travers l’analyse de leurs pratiques, l’enquête montre une résistance anthropologique, par-delà tous les changements sociologiques qui entourent les conditions de la fin de vie et les recompositions des logiques institutionnelles et de la division du travail à l’approche de la mort.

Illustration: page d’accueil Soins palliatifs du CHU Amiens-Picardie.

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